De couac en couac…

Canard Langlais est un vrai romantique. Vacciné de sa rencontre avec Lenchaîné, il se dit que ce qu’il lui faut avant tout, c’est rencontrer un canard d’étang. C’est connu, les canards de rivière sont stressés, vivent au rythme des vaguelettes et à contre-courant. Canard veut vivre une histoire sans remous, avec un roseau pensant. Il avait l’impression d’avoir connu tant de vilains petits canards.

Un jour vers midi qu’il s’enivrait assis dans un coin-coin d’un bar de faubourg parisien, il sentit le regard en coin-coin d’un type posé au zinc. Il buvait une coupe de Canard Duchêne. Brut demi-sec aux fines bulles.

Le serveur vint à Langlais: « une coupe de champagne, Monsieur. De la part d’un certain Lindécis. » Langlais accepta le verre et s’enquit de cerner un geste, un signal quelconque de ce très distingué Lindécis.

« Vous n’êtes donc pas de Paris, interrogea Langlais.
– Non, je suis de partout et de nulle part à la fois, répondit Lindécis. Cependant je réside à Orléans, s’empressa-t-il d’ajouter le ton balbutiant. » Ne sachant alors que penser de cet homme, Langlais embraya sur d’autres thèmes. Les deux canards mangèrent ensemble et alors que chacun s’enthousiasmait des passions de l’autre, ils ne tardèrent pas à comprendre qu’ils avaient autant de points communs que le ciel compte d’étoiles. Sans même s’en rendre compte , ils se plaisaient, ils se sentaient à l’aise ensemble.

Après déjeuner, Lindécis suggéra une promenade digestive sur les quais de Seine, non loin de l’île Saint-Louis. L’eau y est à température agréable et le courant plus faible.

Une fois seuls sur la berge, loin des regards des curieux, c’est bec-à-bec qu’ils se retrouvèrent, dans un élan de bien-être extrême, avec dans le fond le tintement approbateur des cloches de Notre-Dame. « On dirait une toile de maître », lâcha amoureusement Langlais.

Le moment de se séparer arriva sans se faire prier. Lindécis s’envola vers Orléans. Langlais resta coi. Il pensait tenir enfin cet oiseau rare, cette perle d’étang. Lindécis fit parvenir par pigeon voyageur des paroles romantiques. Langlais était comblé. Leur langage ne faisait qu’un. La compréhension semblait symbiotique.

Le jour suivant, Langlais s’enquit de prendre des nouvelles de Lindécis. Quel ne fut pas le choc lorsque ce dernier, après plusieurs hésitations dans la conversation, lâcha qu’il ne savait plus où il en était, qu’il lui fallait réfléchir. Réfléchir ? Langlais aimait la réflexion, que ce soit celle de la lumière ou la réflexion mentale. Ce jour-là pourtant, il se mit à haïr tout ce qui demandait réflexion. Il haït même le reflet de son visage !

Les canards ont une petite santé. Si Lindécis ne se rendait pas compte de la portée de son acte, les trois semaines qui suivirent furent les pires pour Langlais depuis des lustres en plumes. Il enchaîna les maladies les unes à la suite des autres.

Une fois de nouveau sur patte, Langlais se promit une chose: des gens comme Lindécis, plus jamais ça. No pasarán ! On ne se méprend pas à deux reprises… Si seulement cela était vrai. Des couacs comme celui-là, Langlais aurait à en supporter de nombreux autres par la suite.

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