Un canard voyageur…

Canard Langlais a toujours rêvé d’être un grand voyageur. De temps en temps, il se rend dans les gares parisiennes pour y assouvir son passe-temps favori, vous aurez compris, la photographie.

La gare, ce n’est pas que des bruits métalliques de train et l’odeur chaude du fer. La gare, c’est un océan. Une marée humaine. Un va-et-vient, un flot incessant de voyageurs. Certains sautent tels des saumons jusqu’à leur voiture, d’autres plutôt macros se déplacent en banc sur le quai.

Gare du Nord. Il est bientôt vingt heures. Canard est posté sur la plateforme et observe d’un oeil de chasseur la foule animée. Il n’est qu’un individu parmi tant d’autres. Il est seul à cet endroit et pourtant il participe dans son individualité à un tout, au vrombissement trépidant sous la grande verrière.

Devant lui un canard et sa canne que la séparation fait pleurer. Des larmes de tristesse qui seront la semaine prochaine des larmes de joie au moment des retrouvailles. Le train pour Bruxelles va partir, entend-on résonner près du clapotis incessant du vieux tableau d’affichage. Déchirement. Ils se délient. Elle sort de ce cocon amoureux pour affronter seule l’arrivée du voile de la nuit.

Un peu plus loin, c’est un canard heureux que l’on observe près d’un fleuriste. Il attend rose à la main au bout du quai. L’éclairage donne à l’atmosphère un côté sépia. Le rouge vif de la rose devient carmin aux lampadaires. Tout se teinte de nostalgie et d’histoire.

Le train entre en gare. Les portes s’ouvrent et libèrent les eaux. C’est une vague déferlante qui s’écume sur le quai pour rejoindre impétueusement la plateforme centrale. On sent un léger vent salé de la côte près d’Anvers effleurer les narines. Cramponné à la rembarde de l’escalier, Langlais observe le canard à la rose. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il voit un autre canard cravaté se plonger dans les ailes du canard à la rose dont la queue à l’instant frétille. Les retrouvailles, que ce soient des canards à cannes, des canards à canards ou des cannes à cannes qui s’enlacent, sont sans doute un des meilleurs moments d’une vie d’anatinae.

Rien que pour pouvoir vivre cela, notre ami Langlais voudrait lui aussi voyager.

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