Canard rencontre la Reine d’Angleterre !

Deux jours avant noël, Canard était toujours à Londuck. Alors qu’il s’apprêtait à partir pour Saint-Pancras, il reçut un appel du Duck de Westminsduck lui proposant de se joindre à lui pour la réception de noël au Palais royal. « En présence de sa Majesté la Reine bien entendu », ajouta le Duck en recommandant fortement à Canard de venir habillé très chic. Un taxi passerait le prendre à son hôtel.

– Mais vous ne savez pas dans quel hôtel je réside, s’enquit de dire Canard.

Ce à quoi Westminsduck répondit :

– Il n’y a pas que vous qui êtes détective, cher Magret.

Il est vrai que notre ami Langlais s’était fait connaître sous ce pseudonyme auprès du Duck. Il n’eut pas le temps de répondre à l’invitation. Le Duck avait déjà raccroché.

Canard était maintenant dans de beaux draps. Il était contraint de rester à Londuck un jour de plus. Devait-il seulement s’en réjouir ? Il allait voir sa Majesté en personne. La Reine d’Angleterre. Elisabeth II ! Il répéta plusieurs fois Elisabeth devant le miroir de la salle de bain de son nid. Puis il se mit à répéter « Canard Langlais » cinq ou six fois avant de rire en cancanant comme il ne l’avait pas fait depuis longtemps. Et pour cause : il était habillé comme une loque aux yeux des plus hauts placés. Il était indispensable qu’il aille faire du shopping, et Londuck n’est pas la ville la moins bien placée pour ce qui est du shopping !

Il descendit en trombe à la réception et demanda dans un anglais ressemblant à celui de Donald Duck : « Could I stay one more night in the hotel, please ? »

La réceptionniste le pria de répéter sa demand. Il faut dire que les canards sont connus pour avoir un accent englué, spécialement en anglais.

Sur le trottoir, les boutiques anglaises de luxe sont en enfilade. French Connection ? Cela n’est peut-être pas correct vis-à-vis de sa Majesté d’arriver avec une chemise où il est écrit en petit « fcuk »… si elle venait à lire « fuck » instead ! Harrod’s n’est pas loin, mais tout est tellement cher dans ce magasin, en dehors du thé. Ted Baker ? De jolis costumes étaient présentés en vitrine. Il entra sans hésiter. Accroché à un portant, il vit un magnifique costume d’un rouge assez sombre. « Celui-là me semble parfait, se dit-il ». Un vendeur l’aborda. Comment pouvait-il lui être utile ? Bien évidemment et vous n’en doutez certainement pas une seconde, notre ami Langlais s’empressa de lui raconter la raison de sa visite. Le vendeur ne fut que plus émoustillé de savoir qu’il parlait à un grand détective français.

– Et quel est votre nom, demanda Langlais sous l’identité de Magret ?

– Je m’appelle Duck Alamenthe.

– Oh ! Votre nom a une consonance française, c’est amusant.

Quel charmeur que Langlais. Duck Alamenthe le supplia de l’embrasser sur le bec. Le French Kiss sera toujours le French Kiss : les retouches lui furent offertes ! Il sortit de la cabine d’essayage. Alamenthe frappa dans ses mains et s’écria tout excité :

– It suits you very well !

– Of course it does, since it is a suit.

Alamenthe ne comprit le jeu de mots. Anyway, Canard n’avait plus le temps d’entrer dans de sombres explications. Il paya et fila… à l’anglaise.

De retour à l’hôtel avec son costume, quelle ne fut pas sa surprise de voir le Duck de Westminsduck installé dans un fauteuil voltaire du salon de réception. Canard ne put cacher un léger agacement :

– Tiens, mais quelle surprise ! s’exclama-t-il alors qu’il pensait en son for intérieur quel imbécile d’arriver si tôt. Espérons que cela ne se lise pas sur mon visage.

– Très cher, commença le Duck, j’ai pensé qu’il était malpoli de ma part de vous prévenir si tard, aussi c’est pourquoi je me suis permis de régler votre facture d’hôtel. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.

Canard sursauta et fut pris d’un frisson à l’échine (ce qui est différent de la chair de poule chez les canards aussi). Son agacement se transforma en un certain embarras. Il en voulait à chaque cellule composant son cerveau d’avoir pu lui faire ressentir un tel sentiment envers une personne si généreuse que le duck ! Avait-il donc à en vouloir à tant de cellules que ça ? Là n’est pas la question, vous en conviendrez.

Ne sachant que faire, il proposa au Duck de l’accompagner jusqu’à son nid, le numéro 2806, où il comptait se préparer. « Nous avons plenty of time », insinua le duck avec flegme, sans doute ce flegme typiquement britannique qu’on leur connaît dans toute situation.

Arrivés dans la chambre, est-il besoin de le raconter, le Duck serra notre Canard à la taille en lui demandant, cette fois-ci sur un ton moins flegmatique, s’il avait déjà sorti son parapluie à Londuck. Les Anglais ont une finesse appréciable pour beaucoup de choses, pensa Canard, alors qu’il sentait déjà un corps chaud comme la braise en bas contre son aile.

« C’est bon je suis ready », dit Canard en sortant de la salle de bain. Jamais il n’avait été aussi chic et dandy par le passé. Il était affublé d’une chemise noire satinée et d’une cravate blanche venant casser la monotonie que l’on connaît à la première couleur. Il avait ensuite enfilé le costume lie-de-vin et une paire de chaussures violettes. « Perfect », dit Westminsduck.

Ils descendirent dans le hall et alors qu’ils allaient passer le pas de la porte, le réceptionniste les héla :

– Hey, sir, avez-vous pris votre parapluie ?

Canard le regarda avec des yeux de merlan frit. Qu’avaient donc tous ces Anglais avec leur parapluie ! Il allait répondre « évidemment que je l’ai, connard. Tu veux vérifier toi aussi ? » quand le réceptionniste lui apporta un parapluie :

– En voici un grand, sir. Celui-ci est assorti à vos chaussures. Il pleut des chats et des chiens dehors, you know.

Notre canard était paré à affronter le temps, mais aussi les contretemps.

 Que dire de la soirée au Palais de Buckingham ? Tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. Ces vers de Baudelaire lui avait parcouru l’esprit chaque fois qu’il entrait dans une nouvelle salle du Palais, chaque fois qu’il accusait une révérence face à une éminente personne. Prince Charles était également présent. Il évita cependant d’aller se frotter à lui, sachant ce qui se disait de sa personne. Le Duck de Westminsduck fut un vrai gentleman avec ces dames toute la soirée. Par moments il venait le voir, le chatouillait en cachette et repartait. Soudain, il vint le chercher et le tira par l’aile : « viens, je vais t’introduire à la Reine ! ». Canard fut pris de court. A 25 pas de canard de là, soit 3 pas pour un homme, la Reine saluait les invités.

– Sa Majesté, dit Westminsduck. Je vous prie d’accepter les salutations d’un éminent membre de la police criminelle française, le commissaire Magret.

– L’honneur est tout pour moi, balbutia Canard intimidé.

Sa Majesté s’inclina. Elle était amusée. Elle-même portait un ensemble rouge lie-de-vin ce soir, et son chapeau assorti, bien entendu.

Cet instant fut sans doute le clou de la soirée pour Canard. Fatigué, il s’assit non loin du buffet de gâteaux et attendit que son rouquin vienne le chercher. Ou devrait-on dire vienne le prendre ? Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, c’est bien ce qu’il se passa lorsqu’ils quittèrent la soirée dans la Rolls Royce du Duck de Westminsduck et que Langlais se retrouva dans un lit à baldaquin au premier étage d’un manoir de banlieue posh londuckienne.

Le lendemain matin au réveil, le Duck était déjà parti. Un domestique lui servit le petit-déjeuner et appela un taxi. Avait-il rêvé cette histoire ? Il vit son costume lie-de-vin sur une chaise. Dessus, une plume rousse. De quoi lui rappeler de torrides instants à Londuck.

Langlais arriva épuisé à la gare du Nord, cette gare qu’il aimait tant. Epuisé mais content du séjour. Il mit la main dans sa poche de veste et en sortit un papier. Il s’agissait en fait d’une carte de visite du Duck. Au dos était griffonné à la plume un numéro de téléphone. « Victory ? » se demanda Canard. En effet, pouvait-on là encore parler d’une victoire de Canard ?

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