Le réveillon 2012 en 1937, c’est possible ???

Dans l’après-midi du 31 décembre, Canard Langlais frétillait d’impatience à l’idée de retrouver le Duck de Westminsduck et de fêter avec lui la nouvelle année. Je viens à une condition, avait-il dit, que nous puissions nous retrouver incognito. Depuis l’histoire publiée dans the Sun je crains les lieux publics. Canard s’était enquis de le rassurer: personne ne viendrait les chercher là où ils seraient.Où seraient-ils d’ailleurs ? C’était bien là le problème: Canard n’en avait pas encore la moindre idée.

Dix-huit heures. L’Eurostar vint chahuter les rails en gare du Nord. Le flot de passagers, vague atlantique salée, s’écuma sur le quai et la plateforme centrale. Parmi toutes ces têtes, Canard à l’affût repéra un bec dépassant d’un col relevé d’imperméable beige, sous un chapeau de détective, entre deux verres teintés. Derrière cet accoutrement se cachait le duck.

De Gare du Nord, les deux canards les ailes discrètement jointes rejoignirent le centre historique de Paris, flânèrent le long des quais de Seine et se perdirent dans les ruelles près de Saint-Germain. Ils mangèrent dans l’un des meilleurs boui-bouis de Paris où l’on servait du très bon vin. A minuit, ils flânaient encore dans le quartier. Ils entendirent au loin tinter les cloches de Saint-Germain. Ils s’embrassèrent. Pas besoin de parler. Les mots auraient été de trop à cet instant.

Soudain une voiture immatriculée 313 apparut dans la rue et s’arrêta devant nos deux canards. Un domestique les invita à monter. A l’intérieur, deux vaches, l’une répondant au nom de Clarabelle, se rendaient à une soirée. Dans une rue de l’île Saint-Louis, la voiture stoppa devant une porte cochère. Les passagers descendirent de voiture. Nos canards encore surpris de la situation, suivirent les deux vaches qui gloussaient en entrant dans l’immeuble.

Derrière la porte, c’était un immense hall, décoré dans le style des années 30.

– Bonjour mes chères, dit un canard à Clarabelle.
– Bonjour Balthazar, c’est une idée sublime cette soirée à Paris. Donaldville est si morne au moment des fêtes !

Donaldville ? Canard Langlais était surpris. Il s’accrocha à l’aile du Duck, un peu mal à l’aise. Clarabelle enchaîna:

– Ces deux messieurs sont avec nous, vous avez…
– Commissaire Magret, dit Canard en tendant l’aile.

Balthazar les salua chaleureusement, puis demanda à Clarabelle à demi-ton:

– Dites, ces deux messieurs ont-ils bien donner une contribution à la soirée ?
– Sacré Picsou ! s’esclaffa Clarabelle en s’éloignant.

Canard et Duck s’avancèrent aussi dans le hall. Les gens dansaient le Charleston. Mickey et Minnie passèrent à côté main dans la main, une flûte de champagne à l’autre main.

– 1936 fut une super année. Ce qu’on les aura fait rire les enfants. L’année prochaine, c’est l’oscar assuré, pour vous ma douce, je veux dire.
– Oh, vous, Mickey, vous savez parler aux femmes !…

Un peu plus loin, Donald était assis dans un fauteuil Voltaire, un verre de Whisky on the rocks pas loin. Il semblait un peu dizzy. Canard et Duck s’assirent à côté de lui. Après quelques mondanités, Donald se confia à eux.

You know, Daisy, ce n’est qu’une couverture. Je suis épris d’un charmant canard à l’autre bout de Donaldville. Mon oncle Balthazar m’empêche de le fréquenter. Il tient à sa réputation. Et je vous le dis car vous me ressemblez quelques part un peu, au-delà de votre teint plus vert de plume: I have a dream… Je fais le rêve qu’en 1937, je pourrai me promener avec mon chéri dans la rue sans risquer des insultes et pire, ma vie !
– Oh! Vous savez, dit Canard,  je ne pense pas que les Anatinae, même l’Humanité, soient capables d’un progrès si rapide. Regardez, la persécution en Europe ne vise pas que l’orientation sexuelle de nos jours. Et rien ne va dans le sens de l’amélioration. La sottise et l’ignorance ont la main mise sur la tolérance et le progrès. Les premières ne demandent aucun effort aux politiques. Les dernières sont un vrai challenge pour une société.

Ils auraient pu continuer des heures à argumenter, mais l’heure était à la fête. Jusqu’au petit matin, Canard et Duck remuèrent leur popotin sur des danses de canards, en faisant coin-coin. Bras dessus-dessous, comme des girouettes, c’est super chouette, c’est extra fou !

A huit heures du matin, ils sortirent cannés. Ils étaient au beau milieu de l’île Saint-Louis. Ils titubèrent jusqu’aux quais de Seine. Là, le brouillard matinal embaumait l’air frisquet de la nouvelle année. Paris se dévoilait petit à petit. Canard avait l’impression de voir la ville pour la première fois. L’odeur du pain frais atteignit leurs narines. Que venaient-ils de vivre à l’instant ? Etait-ce un rêve éveillé ? Sommes-nous en 1937 ou en 2012 ?… Qu’importe.

Canard s’assit sur le trottoir. Il tenait une bouteille de whisky vide. Des gouttes de sueur étaient encore visibles sur son front. Duck l’admirait de côté, puis lui dit sur un ton flegmatique très anglais, avec un fort accent: « Puis-je vous inviter à un croissant ? »

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2 réflexions sur “Le réveillon 2012 en 1937, c’est possible ???

  1. C’est pas grave… cela évite d’avoir à placer la phrase « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération » (ce que n’a pas fait Canard ce soir-là, il faut le reconnaître) !

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