Le mariage pour tous les canards

Notre cher Canard Langlais à son ami Pigeon Lamoureux:

– il m’a dit salut en passant. Je n’ai même pas osé l’alpaguer… car je ne voulais pas qu’on pense que je lui parle car je suis intéressé, tu comprends ?

– Tu as rrrrrrraison, Canard. Donne-toi le temps !

– Non, je n’ai pas raison. J’aurais dû lui parler direct, s’insurge soudain Canard.

– Arrrrrrrrrrrrrrrête donc de te flageller! Ne migrrrrrrrres-tu pas en hiverrrrrrrrrr, d’habitude, vers les trrrrrrropiques ? Ton métabolisme est plus lent quand tu rrrrrrrrestes à Parrrrrrrris…

– Quels tristes tropiques !… Mon coeur est à Paris, nom d’un foie de canard !.. Et tant pis si c’est physiologique. Tu as raison, je dois me contenir. Pourquoi suis-je un canard ? Moi qui aurais aimé être un être humain comme tout le monde…

– Pas d’accorrrrrd… Rrrrréfléchis donc un peu ! Vous les canarrrrds avez le droit de vous marrrrier avec un canarrrrd de même genrrrre, les êtrrres humains, eux, ne le peuvent pas, du moins pas encorrre !…

– Trouverais-je seulement un canard, que j’aime, et qui m’aime. Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, et m’aime et me comprend ?

– Tu le trrrouverrras cerrrtainement, mon cherrrrr ami, dit Lamoureux se voulant rassurant, dans un élan de tendresse. Et ce canarrrd aimant, amant et ami, tu pourrras l’épouser.

– Merci Lamoureux. Sans toi, je ne me rendrais pas compte de la chance que nous autres anatinaes nous avons. Quand la nature, l’amour de la chose bien faite, conduit l’action de nos dirigeants, on aboutit à de belles histoires.

Canard Langlais se promène par la suite dans les rues silencieuses d’un Paris terne, marquées par l’arrivée progressive d’un hiver lancinant. Quelques vagabonds s’aventurent sous les façades haussmanniennes à la recherche d’une fleur de ville, qui aurait frayé son chemin dans les innombrables cassures du bitume.

Mais la cassure n’est pas au sol. Elle est dans l’air morne que chamaille une horde d’humains manifestant, sans raison aucune, contre le mariage pour tous les humains. Canard, un bout de roseau au bec, adossé à une colonne Morris place de la Bastille, regarde abasourdi ce rassemblement presque comique. Ces gens qui refusent qu’on leur dicte comment éduquer leurs enfants ou comment ils doivent vivre leur vie, viennent eux dicter aux autres comment ils doivent vivre. C’est ahurissant !…

Des affiches de unes de journaux, collées sur le kiosque de la Roquette, rapportent les derniers mots blessants appelant, sans que l’on en prenne vraiment conscience, à la haine de l’autre, de celui qui est différent.

Dans quel monde vit-on, se demande alors Canard, à juste titre ? Comment peut-on en arriver là ? Pourquoi veut-on interdire l’union, le serment de ceux qui s’aiment ? Pourquoi leur interdire d’avoir des enfants, alors que de tout temps cette situation a existé. Lui donner un cadre légal ne devrait-il pas être simplement génial ?

Les êtres humains sont décidément tordus… comme quoi, être canard, ce n’est finalement pas si mal !

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2 réflexions sur “Le mariage pour tous les canards

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