Le mariage pour tous – souvenir de la longue marche pour l’égalité

Regardez donc cette photo capturée à partir d’une vidéo prise en cinémascope. C’était il y a déjà trente ans… L’image a peut-être vieilli, et pourtant je m’en souviens encore comme si c’était hier. On s’est battu pour l’arracher, l’égalité ! L’arracher à la France vieillissante et conservatrice. L’arracher à des hommes et des femmes politiques véreux qui préféraient alimenter un discours homophobe bénéfique à leur réélection, que de se battre de toute leur force pour convaincre l’opinion. Peu importe, maintenant que le texte est passé. Maintenant qu’il est accepté, en France, comme dans toute l’Europe, que deux hommes ou deux femmes peuvent se marier et avoir des enfants, fonder une famille. Nos enfants ne comprennent pas ce qui a pu faire couler autant d’encre à l’époque et faire descendre tant de monde dans la rue. Pour eux, c’est tout simplement naturel. S’ils savaient cependant ô combien cela fut nécessaire !

Remémorons-nous les faits. J’avais à peine trente ans à l’époque. La France était partagée entre les partisans du mariage pour tous, organisés au sein d’associations LGBT et autres mouvements pour l’égalité des droits, et les partisans d’un mariage réservé aux hétérosexuels, regroupant plusieurs groupes qu’il s’agisse d’associations religieuses conservatrices ou de regroupements défendant la conception hétérosexuelle, quasi-biblique de la famille. L’annonce du projet de loi par le Gouvernement avait alors provoqué un tollé parmi les opposants: rapidement ils avaient occupé la scène médiatique. Toutes les radios, la chaîne nationale ne parlaient que de leur argumentaire très souvent homophobe. On se devait de réagir ! On ne pouvait continuer à se faire insulter indirectement, à se faire stigmatiser. Non, nous n’étions pas différents des autres. Non, nous n’avions pas choisi notre sexualité. Non, nous ne méritions pas moins de droits.  Il fallait se montrer, se rassembler et défiler.

Je n’étais pas à l’époque un militant endurci de la cause homosexuelle. Peut-être le suis-je devenu un peu plus en participant à ces manifestations fraternelles. L’image en cinémascope ci-dessus me remémore tant de souvenirs. Beaucoup de nostalgie aussi. Nous étions un petit groupe d’amis. Nous ne savions pas encore combien de manifestations nous attendaient, combien de kilomètres nous ferions ensemble sur le pavé parisien. Chacun de ces kilomètres parcourus nous rapprochait de la victoire. La victoire pour tous. Une victoire qui grandit tout un peuple. Aujourd’hui, il est facile de dire cela. Il est facile de constater que notre pays se fait entendre dans le monde parce qu’il est un exemple de l’égalité entre tous. C’est ce que l’on souhaite partout sur Terre. Malheureusement cette lutte semble être infinie.

La première manifestation pour le mariage pour tous eut lieu en décembre. Curieusement, alors que les jours précédents avaient dévoilé un hiver rigoureux, ce dimanche – car c’était un dimanche, j’en ai bon souvenir – fut radieux et doux. Nous rejoignîmes le cortège place de la Bastille. A l’époque, je m’étais rapproché de SOS homophobie. L’association avait donné un lieu de ralliement sur la place. Le Génie de la Liberté, au sommet de la colonne de la Bastille, regardait sûrement tout ce monde avec enthousiasme. Nous étions tous là pour une cause pacifique. C’était un rassemblement pour l’Amour. Le cortège déambula le long de la rue de Rivoli, passant au coeur de la capitale. Tout Paris battait pour l’égalité.

Le rythme des manifestations s’accéléra. Après un second rassemblement en janvier, le printemps fut florissant. Il fallait rester aux aguets et contrer le message violent véhiculé par les opposants. Le jour du vote approchant à grand pas, ces derniers s’étaient mis à prêcher un message apocalyptique. Comment le croire aujourd’hui ? On préfère en rire. Assimiler le mariage et la famille à un point final, alors qu’il s’agit d’une virgule, quelque part dans le haut d’un paragraphe ?

Le jour du vote, la tension était à son comble. C’était un mercredi. Les opposants s’étaient rassemblés devant l’Assemblée, coupant la circulation sur le Pont de la Concorde. J’avais pris un jour de congé. J’avais rejoint les partisans du oui réunis place de la Bastille, où tout avait commencé. A l’annonce du vote de la loi, de l’approbation massive de l’Assemblée, c’est une liesse indescriptible qui s’empara de la foule. On entendit les bouchons de champagne sauter. Les gens fraternisaient, ils s’embrassaient, ils s’enlaçaient. Certains pleuraient. C’étaient des pleurs de joie, de relâchement, voire même marquant la fin d’une souffrance. Une fête impromptue eut lieu ce soir-là sur la place. Pour tous, ce fut la fin d’une lutte harassante et le début d’un combat, celui du respect des droits, celui de l’acceptation. Pour moi, ce fut le sentiment d’être un citoyen à part entière et le début de mon engagement pour l’égalité.

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