Canard chantonne (et fait des canards au piano) !

Canard, tout juste remis d’une course à palme en ce dimanche de mi-septembre, laisse balancer son cœur au vague à l’âme automnal. Assis devant son piano, il plaque un accord de la bémol mineur et ouvre son bec pour chantonner. C’est Barbara qui entre dans la pièce… Quel joli temps… Pour fêter ses 20 ans… Spleen Verlainien ou simple nostalgie d’un soir d’automne à Paris ? Emu, la voix de Canard tressaute et l’accord devient bizarrement majeur. Ce n’est rien. Un canard a pour réputation de faire des canards au piano.

Canard migrateur… ou pas !

Les anatinaes ont pour habitude de migrer une fois la saison clémente passée. Débute alors un long voyage, une pérégrination vertigineuse de plusieurs milliers de kilomètres vers l’autre hémisphère, à la recherche d’étangs pittoresques et de paysages silencieux où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. La nature est bien faite. Elle sait faire de belles choses, aussi les canards, sensibles à la beauté naturelle, savent s’en accommoder.

Cependant voilà, Canard Langlais, retenu sur Paris pour l’hiver, a laissé certains de ses congénères rejoindre les steppes australes. Paris regorge de passe-temps et soirées mondaines plaisantes. Pourquoi s’en priver ? Et après tout, ne s’agit-il pas d’aventures parisiennes sur ce blog ?

Le soir de la nouvelle Lune, Canard se rend à une soirée d’anniversaire d’un clan d’amis proches. Alors qu’il s’amuse à photographier les invités, l’ambiance de la soirée, soudain il sent une aile toquer à son épaule derrière lui. Il se retourne pensant qu’on lui demanderait de prendre une photo… et là, c’est le choc. Il se retrouve bec-à-bec avec Canard Lechapeau, qu’il connaît depuis deux ans peut-être. Un individu curieux, compliqué et – doit-on dire malheureusement ? – dont il est amoureux depuis la première seconde de leur rencontre. Un individu dont il ne souhaite pas douter de la sensibilité, qui ne laisse toutefois rien transparaître. Dure vie que celle de canard… A cet instant, Canard Langlais se demande si la migration n’eût pas été un meilleur choix. Non, non et non. You must face it. We only live twice…

Dans ce même élan de spontanéité, Langlais se veut courtois, invite Lechapeau à un verre. Lechapeau, comme son nom l’indique, porte un joli chapeau de velours rouge sur la tête, laissant dépasser quelques plumes de son plumage, soyeux aux yeux de Canard.

La musique devient dansante. Et si Canard osait ? Jamais auparavant Canard n’avait vécu cette situation, Lechapeau en face de lui et cette envie succulente de vouloir inviter cette personne à danser. Que croyez-vous que Canard fit ? We only live twice…

Sur la piste, c’est un rock endiablé qu’ils dansent, chacun menant l’autre à tour de rôle sans vraiment se poser de question. Et si c’était une métaphore de la vie à deux, cette danse ?

On se souvient alors de nos boums – ou de celles de nos parents ? – et notamment de Richard Sanderson bouleversant sur « Reality ». Dirty dancing laisse le champ libre au slow et à cette voix : « Met you by surprise, I didn’t realize,… that my life would change… forever… »

L’étreinte se resserre. Canard est  bien. Lechapeau ? Egal à lui-même, peut-être légèrement crispé. Soudain, en mode kamikaze, Canard pose son bec sur la nuque de Lechapeau, esquivant un bisou.

Déjà le slow arrive à sa fin. L’étreinte se relâche. Canard avait-il déjà vu passer 5 minutes aussi vite ? Faut-il réfléchir à toutes ces questions qui ont déjà pu le tourmenter deux ans plutôt ?

Déjà Canard Lechapeau est sur le départ avec sa meilleure amie Canne Berge, que Langlais connaît aussi. « Tu viens à la manifestation demain à Bastille, Canard ?… Soutenir nos amis les humains… Le mariage pour tous, ça nous connaît, c’est important » lui dit-t-elle. « Oui, j’y serai. On s’appelle. » répond notre ami Langlais.

Canard Lechapeau ne dit d’autre mot. Les danses, le slow, cette étreinte, ce baiser osé, comme dirait Souchon, tout cela n’est-il que de la poussière d’étoile ? Si Lechapeau devait reparaître à la manifestation, Langlais lui parlerait. Parole de Canard !

En attendant…

Des larmes sèches
Ruissellent sur les joues
De l’altruiste alchimiste
En herbe

Alchimie de l’Amour
Terrorisme du coeur
Rien au monde n’a plus
De valeur

Terres tristes et taries
Aux regards familiers
Il est ainsi blotti
Tel un aimant

Pourquoi faut-il que
s’en aille pareille âme ?
L’altruiste penaud s’endort
Comme le mort

Les Deux

Comme deux bras élancés
Deux Amoureux
La Seine

Sonnent des doigts au clocher
De l’Amour
Les sirènes

Parlez mon doux chevalier
C’est l’Aventure
Urbaine

Contez près des peupliers
De vos lèvres
Une scène

Sur l’Ile deux étrangers
Deux Amoureux
La Seine

Chœur passionnel enchanté
De l’Amour
Les sirènes

Spleen à la russe

Dans la salle deux mains
Deux silhouettes aimantes dans l’obscurité
Se caressent tendrement
Au rythme des violons

Deux mains, deux bouches, un accord
Deux âmes, deux corps, un amour
Pourquoi n’avons-nous pu, nous, le trouver ?
Les violons suintent – éternels mélancoliques

Je me souviens de cette main
Triste, fragile et délicate
Que j’ai cru pouvoir aimer
Qu’il m’est impossible de retenir et d’oublier

Appuyé sur ma propre misère
Au bord de notre musique – le fleuve
Je m’endors tourmenté comme la Loire
Pareil à la corde du violon je pleure

Wilkommen, dobro došli, welcome…

C’est comme une matinée au centre-ville de Zagreb, au coeur des petites rues au pied du Parlement. Les cafés ont ouvert et la rue, en été remplie de terrasses bondées, est aujourd’hui vide. Un vent tzigane souffle-t-il sur Paris en cette matinée du 2 novembre ? Canard perplexe je me promène entre les rafales de notes qui s’accrochent double croches à mes oreilles. Non loin de la colline du Panthéon, les arbres ont revêti leur couleur d’automne. C’est du rouge, de l’orange et du jaune. Du vert à quelques endroits. Les colonnes Morris, indifférentes au froid, laissent la mélodie du vent s’éventrer.

Plus loin rue de l’école de médecine, on arrive dans l’une des dernières cachettes de l’Empire (austro-hongrois): la pâtisserie viennoise !… Paris et Vienne sont presque jumelles. Depuis plus de 80 ans, cette maison fondée par des Hongrois propose des pâtisseries viennoises et hongroises à des prix fort raisonnables (environ 3€ la part). Pas un canard ne résiste à goûter la fameuse Sachertorte… et moi, le canard à moitié viennois, je l’aurais presque demandée « mit Schlag » !

Quand Paris rencontre Vienne

Rencontre furtive entre deux corps étrangers
Cette main dans l’élan je l’ai touchée !
Chaude et chaleureuse agile et lancée
Dans l’ombre nos mains se sont embrassées

Que ce soit à dix heurs du matin ou du soir
Ma main de ce regard garde l’espoir
De palper la chaleur de ton visage
D’une rareté orientale et sage

Je sors de la bouche du métro et ta bouche
Unique parmi le flot des passants
Seule dans cet escalier farouche
Arque ses lèvres comme un cœur de sang

Je la sens dans le froid de Paris ou de Vienne
Accrochée aux passions de la scène
Et si elle n’est pas tout à fait mienne
Je l’aime, je l’aime, du Danube à la Seine

Oct. 2007

Chanson d’automne

Les longs nuages
De Paris-Plage
Se souviennent
D’une saison
Aux violons
Qui geignent

Tout suffocant
Et blême, quand
fleurit l’automne
Je me souviens
D’un jour divin
Et je m’étonne

Et je souris
Au vent joli
Qui me porte
L’esprit léger
Crème allégée
Jamais morte