Il était un canard… et rond et rond petit patagon !

Canard poursuivit sa longue épopée sud-américaine en Patagonie, al fin del mundo. Là-bas, la nature est vierge. Pas une maison, pas un fil électrique à plusieurs dizaines de kilomètres, pas une onde GSM… Canard impressionné par la rude beauté d’un lac à l’eau turquoise s’y posa, et il sillonna plusieurs jours les vallées intouchées, balayées par des vents forts, par un temps du bout du monde en quelques sortes…

Canard rencontre ses cousins…

Au bout du monde, al sur del mundo, Canard a rencontré ses cousins éloignés, les manchots de Magellan. Au programme, découverte agréable de l’Isla Magdalena, où vivent presque 70000 manchots de cette espèce… Les manchots ont accueilli Canard avec une danse typique des indiens Selk’nam de la Tierra del Fuego…

Comment mes cousins peuvent-ils vivre dans des conditions climatiques si extrêmes ? se dit Canard les ailes presque gelées par les 5°c ambiants et secouées par les rafales à plus de 100 km/h… « A nosotros los pingüinos nos encanta este frio, catchai?… esta bacan !.. » répondirent les cousins Fueguinos dans leur espagnol le plus chilien.

Quand vole Canard au-dessus des volcans…

Canard s’est envolé vers le sud du Chili, aux alentours de Puerto Montt après son tour à Valpo. C’est peut-être 1000 km à vol de canard, se dit-il. On passe alors des terres arides à des lieux bien plus hospitaliers et verts comme notre chère Bretagne. Au pied du Villarica, un géant qui n’a jamais arrêté de cloper, Canard s’est senti petit… Qu’est-ce qu’un canard face à un fumeur acharné, parfois cracheur de laves ? Les neiges éternelles déguisent la bête en une jolie fille à robe blanche. Tout le monde s’aventure dessus, parfois jusqu’à sa bouche pour prendre un bain de fumées sulfureuses.

Plus au sud encore, c’est au bord du lac Llanquihue que Canard a pris ses aises et profité de la belle météo pour canarder l’Osorno, un autre monstre de roches plus silencieux… que d’extase face à ces paysages hors du commun. Pas un coin-coin de travers. Canard était sans voix…

Canard à Valpo…

Valparaiso, Valpo… la ville côtière rattachée à Viña del Mar. D’un côté l’authentique, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, de l’autre côté paraît-il, la touristique. Canard s’est aventuré dans les dédales de rues et de collines de la première. Haute en couleurs, beaucoup de tôles, de pavé défoncé par la force du temps, et dans tout ce magma urbain des lieux où l’aiguille de la montre ne s’est pas immiscée depuis plus d’un siècle. Près des écoles, au détour de rues dans certains passages, on lit la colère des Chiliens sur les murs. Leurs idées sont sprayées à grands jets de peinture.

Valpo, c’est aussi des ascenseurs, des bâteaux, des destinations exotiques, des rêves de marin, la ville où siège le Parlement chilien, des pages entières de romans d’Isabel Allende…

 

Un canard migrateur… à la rencontre d’indignados

Canard Langlais n’est pas un canard comme les autres. Lorsque les portes de l’hiver s’entrouvrent, il ressent le besoin de tant d’autres canards sauvages d’aller voir de l’autre côté, à savoir dans l’hémisphère sud, là où le printemps vient chatouiller les arbres et les prairies.

Après plusieurs heures et des milliers de battements d’ailes (sans pour autant battre de l’aile), notre ami Langlais s’est posé à Santiago, au Chili.

Première rencontre sur un continent encore étranger: les indignados. Le mouvement est né du movimiento estudiantil qui revendique, dit sommairement, l’éducation gratuite pour tous. A ce jour, une année d’études supérieures au Chili coûte dans les 3000-4000 USD, ce qui rapporté au salaire des Chiliens avoisine les 30000 USD pour des Européens… pas donné l’année universitaire… « la educación del Pinocchio va a caer », por cierto…

Au cours des manifestations sur l’Alameda, Canard Langlais fut surpris de voir plusieurs drapeaux: celui des Mapuche, ceux d’autres communautés aborigènes du Chili, le rainbow flag… bref, toutes les minorités sont présentes dans la lutte contre le profit dans l’éducation. « No mas lucro », scandent les indignados en masse devant la Universidad de Chile défigurée par les banderoles et les graffitis, face au Palais du gouvernement, pour terminer pacifiquement le cortège dans le parc de la Universidad Central, à un meeting général.

Dans la foule, des étudiants, des ouvriers, des retraités, des gens de tout âge animés d’un profond vent de liberté et de changement. Une chose est certaine: l’été sera chaud à Santiago.